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Dernière mise à jour : 16 mars 2021

Le paysage médiatique est encombré de polémiques en tous genres : culturelles, politiques, sociétales, écologiques, ...

Presque tous les sujets sont prétextes à ériger des camps qui s’opposent et se déchirent.

Ces conflits, aussi virulents soient-ils, sont heureusement momentanés.

Ce sont souvent des joutes distrayantes entretenues pour détourner nos esprits de sujets essentiels. Pour ou contre telle ou telle idée ? Telle situation ou personne ?

On y voit s’affirmer, à chaque fois, des leaders d’opinion qui, en dominant la mêlée, donnent le ton des hostilités.

Ce sont des polémistes professionnels, ou des personnalités charismatiques maniant suffisamment bien le verbe pour traduire avec brio l’air du temps, en gagnant au passage l’adhésion d’un large panel de suiveur.euse.s.

Dans le monde saturé des médias, les meneur.euse.s. sont les véritables bénéficiaires des polémiques. Ils (ou elles) n’ignorent pas qu’en occupant l’espace, ils (ou elles) s’assurent une publicité qui gonflera leurs audiences.

Il vaut mieux émettre des avis tranchés, si possible avec un parfum de scandale ou de sensationnalisme. Avoir l’air de prendre des risques, surtout. La notion de danger est décisive en la matière.

Dans un tel contexte, il reste peu de place pour la nuance ou la complexité. Soyons pour, soyons contre, ayons tort ou raison, soyons absolument outré.e.s, indigné.e.s, scandalisé.e.s, mais surtout, soyons-le à fond ! Ca nous occupe et nous distrait de la tragique actualité, tout en nous donnant l’illusion d’être de plain-pied dans notre époque. Les grands débats qui animent les sociétés ne font t’ils pas évoluer les choses ? Ce sont aussi des facteurs de division, qui peuvent, dans certains cas, amener à en venir aux mains.

Mais la plupart des polémiques ne sont qu’agitation, représentations théâtrales. On y entretient son image, y affermit son ego.

Car quelques soient les idées concernées, il n’y est question que de renforcer sa position identitaire.

Le mieux est d’éviter les polémiques, se contenter de les observer à distance. Le recul permet une perspective critique qui les rendrait presque attrayantes. En assistant à ces batailles symboliques avec la neutralité d’un observateur extérieur, on vit un pur moment de comédie humaine. Avec, en prime, une occasion rêvée de voir tomber les masques. On repère alors celles et ceux qui guettent les controverses comme des opportunités d’asseoir leur emprise sur les imaginaires, ou simplement se défouler.

Un article percutant, une habile sortie radiophonique ou un post ordurier peuvent offrir une chance exceptionnelle d’accaparer l’attention des foules. L’aboutissement ultime de tout ce cirque ? Une banale jouissance narcissique.

Mais rapidement, tout comme après une séance de masturbation, la tension retombe, le sujet s’épuise, il nous faut du neuf. Une polémique vient en chasser une autre.

Le jeu peut reprendre. Il n’y a plus qu’à re brasser du vide.

Et notre monde continue à marcher sur la tête.


HR

 

Dernière mise à jour : 16 mars 2021

Il est évident que les invraisemblables flux numériques ont considérablement modifié le regard du public sur les images.

Il fut un temps, pas si lointain, où les photographies étaient plus précieuses, parce que plus rares, complexes à réaliser et coûteuses. Cette configuration donnait aux photographes une aura spécifique. Les professionnels étaient considérés comme des sortes d’aventuriers, doublés de sorciers qui recréaient le monde dans la pénombre de mystérieuses chambres noires.

Je me rappelle avoir moi-même succombé à l'attrait de cette mythologie, qui n’était d’ailleurs pas totalement dénuée de fondement. Finalement, j’en suis devenu un des bénéficiaires.

Il y a quelques décennies, lorsque vous disiez être photographe, les yeux de vos interlocuteurs.trices s’éclairaient d’une admiration, une envie, parfois même d’un désir, avant que beaucoup n’avouent avoir toujours rêvé de faire le même job que vous.

Les outils numériques ont démocratisé la réalisation de tels rêves. Plus besoin d’étudier dans des écoles sélectives, à l’ombre intimidante des grands maitres ayant marqué l’histoire de leur médium, ni de s’embarrasser de technique, ou de la fastidieuse grammaire d’un langage codifié.

S’autoproclamer photographe était devenu gratuit, simple comme bonjour, à la portée de tous.

Inutile, aussi, de se soumettre aux jugements péremptoires d’un milieu critique exigeant, cultivé, élitiste.

Il suffisait de totaliser suffisamment de likes sur les réseaux sociaux pour se sentir valorisé, voir même envisager une carrière.

Des perspectives infinies s’ouvraient à tous. Chacun pouvait s’approprier un peu de cette aura tant convoitée de l’artiste créateur d’images.

L’enthousiasme était tel qu’il devint presque suspect de ne pas en être. Photographier à tout va s’imposa comme la norme globale.

Il faut dire que les plus communs smartphones savaient gérer, sans réclamer le moindre effort, les questions autrefois délicates de la mise au point, du diaphragme et de la vitesse d’obturation (la qualité d’image étant optimisée par de multiples filtres conçus pour adoucir la lumière ou saturer les couleurs). Sans oublier, bien entendu, les possibilités presque illimitées offertes par Photoshop.

Pour faire face à cette (r) évolution, les marques productrices d’appareils photo furent acculées à réaliser des prouesses technologiques permettant de distinguer leurs modèles haut de gamme de la qualité proposée par les smartphones.

En conséquence, des images d’une extrême définition optique apparurent. Bien plus performantes, en terme de précision, que l’œil humain.

Cette course technologique allait de pair avec un désir constant d’appropriation et d’amélioration du réel qui, déjà, s’inscrivait dans les chairs avec le phénomène de société qu’est devenue la chirurgie plastique.

Un avant-goût de transhumanisme qui allait fortement impacter l’imaginaire des masses.

De nouvelles normes émergèrent, reléguant toute tradition au rebus. Le grand bénéficiaire de ces bouleversements restait le capitalisme.

Chacun se projetant comme promoteur de lui-même en tant que marque, les esthétiques artificielles et sucrées de la mode et de la publicité surpassèrent, et de loin, toute conception critique ou poétique du regard.

La photographie, vidée de sa substance sémantique originelle, se mua en un médium extraordinairement pauvre, reproduisant et diffusant les pulsions exhibitionnistes et voyeuristes d’une foule d’individus euphorisés par la réduction de tous les aspects de leurs vies, publiques et privées, en fictions consommables.

Les réflexions et dénonciations concernant la nature du réel qui furent au cœur des préoccupations des meilleurs photographes du 20ème siècle se trouvèrent reléguées à une marginalité qui ressemblait fort à la phase terminale de leur déclin.

Oui, le regard sur la photographie avait considérablement muté.

Parmi les flux phénoménaux d’images jetables auxquels était soumis tout un chacun, on ne distinguait plus grand chose. Seul comptait l’impact immédiat. Seules s’imposaient les visuels les plus stéréotypés, voyants, saturés, graphiques, parfois même sulfureux. De ceux qui captaient instantanément l’attention.

Leur lecture s’était simplifiée, limitée à un rapide coup d’œil entre deux scrolls nerveux.

Les photos délivraient majoritairement des messages creux. La plus triviale information auto promotionnelle, servie par des esthétiques factices, sciemment déconnectées du monde réel.

Alors advint l’empire d’un narcissisme hypertrophié dont découlèrent des sentiments tels que la jalousie, la frustration, la mésestime de soi.


Les photographies d’art, à moins qu’elles n’épousent de telles esthétiques, apparurent plus que jamais comme déconcertantes, intimidantes. Elles tenaient à distance un public au regard brouillé, noyé dans un interminable défilement visuel.

Celles et ceux, parmi les artistes, qui n’avaient pas cédé à l’hyperbole, se trouvèrent contraints de biaiser. Il leur fallut justifier leurs images, les légender de convaincants discours. Surtout, ne pas laisser les spectateurs démunis face à leur incompréhension.

Qu’ils ne se sentent surtout pas heurtés ou dépassés par des codes jugés trop savants. Auquel cas ils détourneraient leurs regards vers des artistes plus divertissants, décoratifs. Plus proches de ce qu’ils connaissaient déjà ; une idéalisation de ce qu’eux-mêmes pratiquaient sur Instagram.

Il devenait de plus en plus ardu de livrer des messages graves, profonds, complexes ou subversifs. D’autant que les institutions muséales, les commissaires d'exposition, et ce qu’il restait de galeries sérieuses, plus que jamais soumis aux lois prédatrices­ du marché, ne pouvaient faire l’économie du spectaculaire.


Les images ont perdu beaucoup de leur valeur et de leur charge. Profusion et omniprésence les rendent paradoxalement moins visibles. Leur langue s’est appauvrie au stade de plates onomatopées, tandis que leurs anciens penchants rebelles s’amenuisaient.

Suivant une logique perverse, la démocratisation numérique a dévitalisée la photographie, jusqu’à en faire un des plus précieux instruments de l’ultra libéralisme.

A de trop rares exceptions près, les images ne cherchent plus à résister. Elles servent un individualisme enthousiaste et hilare, pourvoyeur zélé de l’ordre marchand. Et ne font plus que célébrer, dans une hallucinante débauche scopique, la soumission des êtres humains aux algorithmes.


HR. Mars 2020

 

Dernière mise à jour : 16 mars 2021

7 CONSEILS POUR DEVENIR UN PHOTOGRAPHE VRAIMENT ECO RESPONSABLE

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1. MATERIEL

- Achètes-toi un appareil photo deuxième main dont la solidité permet une durabilité optimale. C’est-à-dire un boîtier d’avant l’obsolescence programmée qui sévit à l'ère digitale. L’un des derniers modèles de ce type est, à ma connaissance, le NIKON FM2 (boîtier mécanique conçu pour la guerre du Vietnam. Quasiment indestructible). S’en procurer 2 ou 3 exemplaires afin de disposer de pièces de rechange en cas de pépin. Apprends à le réparer toi même.

Mais attention ! C’est un boîtier argentique, technique particulièrement nocive pour l’environnement (utilisation de produits chimiques toxiques, usage de papier et de plastique).

D’un autre côté, comme évoqué plus haut, les appareils photo numériques ne sont pas vraiment conçus pour durer et contiennent une bonne dose de terres rares en provenance d'Afrique, voir même (oh comble de l’horreur!) de Chine.

Lances-toi dans un sérieux comparatif pour déterminer quel est le moins pire. Bon courage…

A ce propos, méfies-toi aussi des smarts phones, parce qu’avec la 5G, je ne sais pas si tu es au courant, mais ça va partir en live pour de bon.


2. MEDIAS

- Laisses tomber les réseaux sociaux, leur nombrilisme malsain et leurs shoots de dopamine. Oublies Facebook, Instagram et consorts. Ils nous rendent tous complètement maboules et détournent notre attention de la vraie vie, des authentiques relations humaines.

Il y a beaucoup, beaucoup trop d’images produites. Les chiffres donnent le tournis :

« Plus de trois milliards d'images circulent chaque jour sur les réseaux sociaux, et pendant que tu lis cette phrase, environ deux millions sont en circulation. »

Cette hyperproduction représente une empreinte écologique colossale.

La gestion, le stockage et le transport - fut-il numérique - d’une telle profusion de données requière énormément d’énergie et de travail humain, souvent délocalisé et sous payé.

Impossible, en tant qu’artiste conscient du monde, de ne pas prendre en compte cette terrible réalité.


3. VOYAGE

- Réduire son empreinte écologique, c’est aussi calmer ses ardeurs expansionnistes. Renies ton goût immodéré pour les voyages. Ce bon vieux mythe du photographe baroudeur au teint halé, toujours entre deux avions, est complètement has been.

Au cas où ça te démangerait encore, abstiens-toi de débarquer dans les pays du sud pour dénoncer la misère du monde. C'est totalement anti décolonial! D'ailleurs, si tu veux de l'exotisme ou de la pauvreté, tu n'as plus qu'à descendre en bas de chez toi. Il y a largement de quoi faire.

Toi qui t'es tant vanté d'aller à New-York, London, LA, Tokyo, Cape Town, lâche l'affaire ! Ton bilan carbone est tellement dégueulasse que, même en vivant 150 ans, tu ne planterais jamais assez d’arbres pour compenser.

Dorénavant, Parisien que tu es, concentres-toi plutôt sur l’Ile de France.


4. SEXE

- Si tu appartiens à cette catégorie d’hommes hétéros qui considère la photographie de mode comme un raccourci permettant d’accéder à bon compte aux corps graciles de belles ingénues, te voilà au sommet du mauvais goût. Les amazones post #metoo - particulièrement celles de plus de 45 ans - voient d’un œil hostile le machisme old school des pygmalions d’opérette de ton espèce.

Au moindre faux pas, elles pourraient se charger de te le faire payer au prix fort.


5. PROJETS & LIVRES

- Oublies cette mentalité selon laquelle un bon artiste devrait produire énormément. Toute surenchère mégalomane est néfaste pour la planète. Et je ne te parle même pas d’esprit de compétition. Deviens sobre et modeste! Evites les projets spectaculaires, grandiloquents et coûteux. Préfères-leur les actions de proximité, à faible empreinte écolo. Recycles tes archives ou sers-toi d'images récupérées à droite et à gauche. Ne montres tes photos, de préférence, que dans ton quartier. Au pire, prends le train, mais ne t’éloignes pas trop.


Toi, je sens que tu es du genre qui adores les livres. N’est-ce pas le meilleur support pour valoriser ton œuvre? Ou conserver celles des artistes que tu admires ? Maintenant que tu connais leur impact sur les arbres, tu vas te montrer raisonnable et renoncer définitivement à ta lubie de collectionner livres et magazines.


6. SHOW BIZ

- Débarrasses-toi illico presto de ta fascination pour le pouvoir, l’argent et la célébrité. Il est grand temps de valoriser de nouveaux héros ? De celles et ceux qui travaillent à sauver le monde, en marge de la société du spectacle. Greta Thunberg? Pierre Rabhi ? Aurélien Barraut ? Alain Damasio ? Cyril Dion ? Pablo Servigne ? Déjà grillés. Beaucoup trop médiatisés pour rester crédibles. Fais plutôt la tournée des ZAD. Du moins, de ce qu’il en reste. Ou organises-toi un grand reportage, du genre 6 mois en immersion dans une communauté de la Drôme. Ca c’est du récit alternatif !


7. PERSPECTIVES

- Tu commences à piger où je veux en venir ? Photographe n’est pas vraiment ce qui s’appelle un métier résilient. Avec l’effondrement qui nous pend au nez, le mieux serait, à mon avis, de quitter le navire avant qu’il ne t’entraine vers le fond.

Mets-toi au vert et lances-toi plutôt dans l’élevage de poulets bios. La permaculture, ça te parle ? Voilà qui a de la gueule !

Au pire, avec tes capacités relationnelles et ta compétence de manipulateur de symboles, tu pourrais te reconvertir en gourou du développement personnel.

Ou alors tiens ! Avec ton sens esthétique, pourquoi ne pas te réinventer en artisan ? Artisan du bois de récupération ? C’est noble le vieux bois, non ? Et surtout beaucoup moins vicieux, et plus utile que les images.

HR

 
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