2021/04/02 - ARCHIVE/ PORTRAIT&TEXTE - Man Thinking

Comment en suis-je arrivé à photographier de la pensée ? Cette obsession puise sa source dans mon apprentissage de la photographie. Les grands portraitistes du 20ème siècle que furent Richard Avedon et Irving Penn, en particulier, ont associé une dimension psychologique à la représentation humaine. Leurs œuvres dialoguaient avec celles des plasticiens, écrivains, cinéastes et penseurs de leur temps; artistes et intellectuels qui s’employaient à sonder l’âme humaine.

La maitrise formelle allait de pair avec une volonté d’investigation psychique, la sensibilité du photographe questionnant l’esprit du modèle. La prise de vue était un voyage mental, un échange dont le fruit avait une forte densité expressive. Cette approche s'est marginalisée.

J’ai aimé ces portraits. Celui – le plus célèbre - de Marilyn Monroe (par Richard Avedon), jeune femme plantureuse, réduite à une enfant esseulée sur fond gris. Ou ce gros plan d’une paume ouverte de Miles Davis (par Irving Penn), érodée par la vie, pliant le majeur sur la touche d’une trompette imaginaire. La survie par le son.

C’est de ce type d ’images, sans doute, que vient mon goût pour la captation de l’intériorité humaine. Une femme ou un homme qui pense ne triche pas. C’est à penser que nous consacrons le plus clair de notre temps, captif que nous sommes du flot ininterrompu de notre activité cérébrale.

Celle ou celui qui pense habite l’espace intime de son être, loin, la plupart du temps de toute tentation narcissique. J’aime l’y rejoindre en empathie, et en partager l’echo.

J’y vois la vérité de notre condition d' animaux cogitant, souvent trop peu conscients de nos natures profondes.

HR

Kinshasa, 2004

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