2020/06/05 - PORTRAITS-TEXTE/ Repost - Franck et le président Amara Essy

Mis à jour : juin 6


La Côte d'Ivoire retrouvée : variation sur une histoire de portraits. Août 2014, je suis à Pretoria où je m'apprête à accueillir mes parents quand je reçois un appel du président Amara Essy qui me laisse deviner son inquiétude à propos du climat de défiance qui prévaut dans notre pays. Par crainte du renoncement de la haute direction du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire à la compétition présidentielle, des cadres éminents de notre formation politique s'ouvrent à lui dans une perspective de recours. De retour à Abidjan en septembre, nous approfondissons l'analyse. La Commission Dialogue Vérité et Réconciliation au sein de laquelle j'avais trouvé un point de chute temporaire étant arrivé à la fin de son exercice, je dois décider de ma reconversion et envisage une expérience onusienne dans la région en tant qu'analyste auprès de son ancien adjoint à l'Union Africaine, le diplomate algérien Saïd Djinnit. Dans ces moments d'hésitation sur la direction à prendre, une question revenait entre nous : et la Côte d'Ivoire ? Estimant sans doute qu'un exil sous-régionnal pourrait m'éloigner de nouveau du théâtre ivoirien, le président Essy ne décourage pas cette ambition de mieux comprendre les dynamiques régionales, mais me laisse entrevoir d'autres possibilités. Nous convenons tactiquement de tester la sincérité de ceux qui l'incitent à relever le gant, en s'appuyant sur une résolution du Congrès de 2013 qui stipulait que le Pdci-Rda présenterait un de ses militants à l'élection. Nous choisissons un pas de tir médiatique international à quelques jours d'un rassemblement prévu à Daoukro dans le fief du président du Parti, Henri Konan Bédié. La caisse de résonance fait mouche et le Pdci-Rda clarifie sa position dans un appel de son président à soutenir le candidat du Rassemblement des Républicains (Rdr), alors son allié au sein du Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (Rhdp). L'horizon se fait plus clair. Nous savons ne pas pouvoir compter sur les nôtres dans cette bataille pour la sauvegarde de l'essentiel, une culture de paix républicaine soit le principal legs des pères fondateurs. Nous savons aussi désormais ce qu'il nous reste à faire pour qu'une voix issue du Pdci-Rda porte dans la campagne sa vision singulière, celle des quinze ans qui ont donné naissance à la Côte d'Ivoire libre entre juillet 1944 et août 1960. Quelques mois plus tard nous nous retrouvons à Paris pour structurer la campagne sur le versant narratif. J'ai choisi deux proches parmi les meilleurs et les plus fiables, pour concevoir avec moi le discours visuel et la présence digitale du futur candidat : le photographe d'origine haïtienne Henry Roy, l'ingénieur telecom et réseaux digital ivoirien Constant Madou. Le second ayant évolué dans l'univers de la sécurité digitale dans un groupe israélien, dirigea avec moi l'atelier de communication que nous avons monté et orchestra la Web stratégie en complicité avec l'inusable et polyvalent Adama Essy. Mais en janvier 2015, Henry Roy nous entraînait dans un café parisien pour le premier portrait de notre candidat. Un portrait qui figura sur la plateforme ivoirienne d'information Abidjan.net à l'annonce de la candidature de l'ex ministre des Affaires étrangères de Félix Houphouët-Boigny, à l'élection présidentielle ivoirienne. J'avais fixé la tonalité végétale et boisée de la campagne visuelle, puisqu'il fallait coller à l'idée de revitalisation d'un pays dans lequel la terre est une donnée fondamentale de l'Histoire. Cet attachement géologique et écologique devait pouvoir se lire implicitement en quelque lieu que le candidat se trouva comme en continuité, sa carrière diplomatique ayant amené ce natif de Bouaké (Centre), à porter la Côte d'Ivoire en lui. Cette esthétique de l'écho et l'obsession de cohérence qui la sous-tend, je l'avais identifié dès le milieu des années 1990 dans mes premières recherches universitaires sur Félix Houphouët-Boigny et le Pdci-Rda. Je l'ai réapprise dans l'expérience en agence conseil d'identité corporate et de création de marque. Henry Roy sait donner du caractère aux lieux qui par le truchement de son objectif, se chargent d'un récit et d'une atmosphère. Sa reconstruction de l'espace rend compte jusque de la psychologie des sujets photographiés. Avec Amara Essy, Henry Roy rencontre un homme-récit qui attise sa curiosité et son goût pour l'expérimentation des codes visuels. Un diplomate ferme et plastique, au fait des jeux de pouvoir. Un personnage qui passe avec souplesse du français à l'anglais ou au portugais en fonction de l'interlocuteur qui interrompt le cours d'une conversation. Du haut de la salle de café transformée en studio privatif, Henry Roy a saisi la tendresse et la force en contraste de ce moment d'histoire privée destinée au public. Une tranche de vie ordinaire, sans fard ni apparat, dans la nudité et la simplicité de jours intranquilles. Paris tressailli au rythme panique de la violence des attentats du Bataclan et de Charlie Hebdo. Tout dans ses rues, jusqu'au marquage au sol en porte la trace. L'homme dont il s'agit de fixer les traits pour les donner à voir aux siens, vient d'une terre ou café et cacao sont les joyaux du labeur paysan. Il lui fallait retrouver cette chaleur dans l'Hiver avant de le suivre en Côte d'Ivoire pour compléter les plans séquences. Une note d'ensoleillement dans la fraîcheur du temps, une lumière chaude, une fiction de réel. Le 10 juillet 2015, Amara Essy annonce sa candidature à l'élection présidentielle dans son village à Kouassi-Datékro, dans l'Est du pays en rappelant la pluralité de ses appartenances identitaires. Lui l'enfant devenu grand-père qui se souvient avoir vendu le pain de sa mère sur les marchés. Lui dont le père s'est converti à l'Islam pour pouvoir être admis à manger dans le même plat que les autres, sait ce que tolérance et justice sociale veulent dire. Ce 10 juillet là, je déjeune à la résidence de France à Abidjan avec des diplomates pour parler actualité, quand l'une d'entre-eux m'apostrophe : " M. Ekra vous êtes un cachotier, le ministre d'État Amara Essy vient d'annoncer sa candidature ". Je ne boude pas mon plaisir mais les avertis dès cet instant que si les conditions d'une élection transparente n'étaient pas réunies, et si l'amicale pression n'était pas faite en ce sens auprès du président sortant afin d'offrir un véritable choix au peuple de Côte d'Ivoire, nous sortirions de la course pour laisser le candidat du Rdr en face de l'opposition choisi. Il pourrait ainsi être à son aise, tout à sa campagne en solitaire. Nous n'entendions pas servir de faire-valoir, dans un processus d'abaissement mécanique de la légitimité démocratique, alors que nous étions conscients de la nécessité de recréer les conditions du consensus houphouetien. Cette philosophie de la politique qui a garanti trois décennies de paix civile. La légende au bas de la photo soulignait le leitmotiv de la candidature de Amara Essy à savoir " réconcilier " la Côte d'Ivoire, après plus d'une décennie de crise militaro-politique. Ainsi s'ouvrait l'aventure de " La Côte d'Ivoire retrouvée " notre projet pour le pays. #LaCivRetrouvee #CivEnsemble #CivUnie #NousSommesLePdciRda

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