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Dernière mise à jour : 16 oct. 2019

CHAUMONT – Portrait animiste d’un château, ses dépendances et son parc

Par Henry Roy


Nous sommes toutes et tous les fruits d’une rencontre.

En moi se mêlent deux mondes considérés comme antinomiques.

Celui de la France ancestrale qui a su cultiver, au long des siècles, d’admirables savoir-faire, et celui d’Haïti, pays de réalisme magique et de merveilleux, né de la conjonction tragique du système colonial et d’une Afrique suppliciée.

Enfant, j’ai visité les châteaux de la Loire avec ma classe de primaire, impressionné par ces joyaux d’une histoire où je ne me trouvais pas.

Dans un même temps, mes parents m’insufflaient, par leurs seules présences, l’héritage afro-caribéen légué par leurs lignées.


Ce portrait de Chaumont est une façon écopoétique d’embrasser cette double filiation.

L’exposition de nombreuses œuvres d’art, la maitrise esthétique et le faste qui donnent au domaine sa qualité, s’y confrontent aux manifestations d’une nature habitée, régie par des lois secrètes, étrangères à toute rationalité.

Pour dresser ce portrait, j’ai fait allégeance à ces lois. Me tenant, en résidence, à l’écoute de cette nature de France, je me suis imprégné du rythme des saisons, des fluctuations de la lumière, des nuages et des vents, me suis soumis aux frasques du hasard.

Ignorant la fièvre de notre temps, j’ai opté pour la flânerie, avec le calme introspectif d’une méditation. Je me suis accordé la liberté, le luxe ultime de ne me fier qu’au radar de mon intuition durant toute la durée de ce voyage intérieur.

Chemin faisant, j’ai honoré les esprits des plantes, des pierres, de l’eau, de la terre et du ciel, avant d’aller saluer les fantômes qui hantent ces lieux.

Je me suis livré aux rituels d’un culte inventé, à un cérémonial, un acte psycho-magique, comme une forme d’incantation adressée aux forces de guérison de notre planète dévastée.


Ceci est mon journal.

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Dernière mise à jour : 8 sept. 2019

Peter Lindbergh nous a quitté hier.

Et alors ? Me direz-vous. Il faut bien mourir un jour, et c’est certain, nous y passerons tous, tôt ou tard.

Ce à quoi je répondrais que vous avez parfaitement raison, car que je suis le premier à moquer les manifestations de commisération opportunistes qui saturent les réseaux sociaux à la mort de telle ou telle célébrité.

Je ne connaissais pas Peter Lindbergh. Personnellement, je veux dire. Mais il se trouve que son œuvre a fortement influencé mon rapport à la photographie. Il a fait partie de cette génération de photographes dont j’étudiais le style avec ceux d’Helmut Newton, Richard Avedon, Irving Penn, et quelques autres géants du siècle passé, lorsque j’étais en formation.

Parce que du style, il en avait à revendre Lindbergh. C’est le moins qu’on puisse dire.

Son noir et blanc cinématographique, à la poésie rugueuse, trahissait les influences de cet Allemand originaire de Pologne. Notamment l’expressionnisme allemand, dont il tirait l’atmosphère onirique de ses mises en scène.

Moi qui n’ai jamais eu de fascination pour le glamour de la mode, j’admirais les icônes de Peter Lindbergh, ces femmes qu’il sublimait avec la passion d’un grand admirateur.

Des femmes de tous âges dont il savait extraire, sans fard, les beautés naturelles.

Et lui, en plus de ce talent, avait l’élégance du respect d’autrui.

Si j’en parle de la sorte, c’est que j’ai eu l’opportunité de réaliser son portrait, il y quelques mois, pour un magazine français.

Je me suis rendu chez lui, dans son immense loft du bord de Seine : une pièce saturée de magazines et de livres de photo, dont les murs étaient chargés de grands formats. J’ai été frappé par sa pudeur. Devant l’objectif, il ne payait pas de mine, tout grand photographe qu’il était. Il s’est mis à ma disposition avec une douce amabilité. Lorsque, une fois la séance terminée, je lui ai dit toute l’admiration que j’avais pour son travail, il m’a répondu, gêné, que j’étais loin d’être le premier à lui faire cette remarque, et qu’il ne savait jamais qu’y répondre.

Il m’a semblé être un type plutôt simple, dont la réussite et le talent n’avaient pas submergé l’ego. Un de ces artistes rares, passionnés, qui manquent à notre époque d’hystérie narcissique.

Il n’y en aura sans doute plus jamais de son espèce, car l’industrie de la mode ne produira plus de ce type de personnalité, pure expression de la photographie argentique des années 80.

Peter Lindbergh n'est plus, et avec lui s’est éloigné encore un peu de ma jeunesse.

Qu’il repose en paix.

HR

Chez Peter Lindbergh (Paris, 2017)



 
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